Estafier, n. m.

L’actualité étant sanglante, comme d’habitude, il nous faut regarder ailleurs.

Mézou ?

Le mézou n’est pas le cousin du mérou. En effet, le mérou se prélasse généralement dans les mers chaudes de la planète alors que le mézou est plutôt le compagnon des pauvres téléphiles, radiophiles, réseausociophiles, iphonophiles, qui ne peuvent vivre cinq minutes sans un coup d’œil (ou coup d’oreille) à leur extension préférée.

Car oui, mézou regarder ou écouter si l’on ne veut pas participer à la folie ambiante désireuse de savoir pourquoi un dégénéré trouve à son goût de perpétrer des horreurs sans raison apparente ; si l’on se moque de savoir pourquoi un acteur grassouillet désire déplacer sa couenne hors de nos frontières ; hein mézou regarder ?

Soyons clair : nulle part !

Car c’est la malédiction du modernisme : il faut regarder ce que les autres regardent ; il faut hurler, pleurer, vilipender, applaudir en groupe et toujours trouver que le spectacle de Bercy est meilleur que celui du café-théatre.

Ben oui. Mais non !

Non. Pour ma part, c’est niet, oualou, ketchi, sûrement pas !

Je regarde dans la direction que je veux. Je fais ce que je veux.

J’ignore qui je veux.

C’est reposant.

Parfois, il faut se faire aider. C’est pour cela que j’aimerai bien que la profession d’estafier soit remise au goût du jour. Car c’est une profession qui présente trois avantages majeurs pour celui qui verse le salaire :

  1. Un estafier est un domestique armé
    • Cela devrait vous préserver des importuns. Après tout, si chaque dégénéré qui se photographie avec son flingue (et publie le truc sur faceb…) passe à l’action un jour, un estafier pourrait bien rendre service, non ?
  2. Un estafier vous porte votre manteau
    • Si si, c’est obligatoire, en raison du 3.
  3. Un estafier vous met le pied à l’étrier
    • Forcément, avec un manteau, c’est plus dur de se hisser à cheval ! Mais si vous préférez vivre en Belgique, du fait de votre poids, c’est un caterpillar qu’il vous faudra, un palan, une grue et une bonne dose de vitamines pour monter à cheval. L’estafier ne vous servira à rien. C’est un peu con de faire des économies d’impôt alors, non ? Triste ?

Bonjour chez vous.

 

Vocero n. m.

L’édification de notre belle nation à coups de mariages entre filles de roi et fils de reine nous a donné des débiles permis d’avoir un pays dont les frontières sont ce qu’elles sont. De même, certains traités nous ont permis d’augmenter la taille du pays par récupération de régions dont visiblement personne ne voulait à part nos dirigeants.

Et curieusement, ces mêmes régions sont généralement celles où l’on peut voir éclore, génération après génération, le même discours : celui des indépendantistes, celui qui répète inlassablement la primauté de l’autochtone sur l’allogène, la volonté de se débrouiller seuls, entre nous, et la joie de parler une langue à moitié morte.

Après tout, pourquoi pas. Il faut bien que jeunesse se passe et si cela doit justement passer par le port d’une cagoule, cela peut nous soulager de la vision de certaines têtes d’abruti. Et puis c’est le boulot des pandores, donc… cela ne nous intéresse pas ici.

Cependant, l’annexion de ces régions nous a quand même apporté des choses positives :

  1. La cuisine : seule l’annexion de la perfide albion aurait pû être dommageable à nos estomacs. Heureusement, les soldats qui mangent mal sont féroces et ceux de sa gracieuse majesté ont toujours parfaitement résisté.
  2. Le mélange : les grands blonds et les petites brunes vont bien ensemble (et l’inverse aussi). Quant aux rousses, elles sont parfaites pour tout le monde…
  3. Les mots : notre langue absorbe avec facilité les mots des autres, faisant preuve d’une capacité d’assimilation dont beaucoup sont dépourvus (surtout les ministres de l’intérieur).

Parmi ceux-ci, le "Vocero", mot corse (comme Tino Rossi) désignant le chant funèbre exécuté par une pleureuse pour un défunt (forcément corse – comme Tibéri – sinon la pleureuse elle chante pas). C’est beau, c’est pathétique, c’est lugubre et c’est définitif : pas de retour après un Vocero : en cas de resurrection, prière au défunt de se recoucher !

Tous les chefs corses ont le droit à un beau vocero : Napoléon, Paoli, Christophe Colomb (comme on dit à Calvi), et tous ceux qui se prennent pour eux : les sauveurs brevetés ou non, les conquérants, les grands et les petits chefs, les calamiteux, les mythomanes, les nains sautillant.

Il est des lendemains que l’on espère joyeux !

Bonjour chez vous.

Scalogramme n. m.

Aujourd’hui, on mesure tout. Vraiment tout.

Démonstration : on clique ici (et on fait descendre la page jusqu’au joli tableau)

Il n’y a pas vraiment de commentaire à faire sur le tableau "au bout" du lien ci-dessus, si ce n’est le constat que la vie de chercheur est parfois bien futile. On calmera quand même son égo de français en précisant qu’en Europe, la Hongrie est placée en tête des menteurs mais non répertoriée ici.

Tout cela pour vous convaincre que l’on mesure vraiment tout et m’amener à parler du scalogramme : un tableau statistique censé être représentatif des opinions ou attitudes d’un groupe social selon une échelle quantitative.

Par exemple : (sur une échelle allant de 0 à 5)

  • Aversion envers les feignasses qui ne travaillent pas plus pour gagner plus : 5
  • Aversion pour les invertis : 12
  • Aversion pour ceux qui s’accroupissent à tout bout de champ dans la rue : 14
  • Amour de la télé Noir et Blanc : 5
  • Volonté de trouver un bouc-émissaire pour justifier les difficultés de sa vie : 10
  • Détection du populisme : 0
  • etc.

après, construire une interview ou un discours devient plus simple, non ?

Déshérence n. f.

Juridiquement, lorsque vous ne trouvez pas de neveu à l’oncle d’Amérique, vous pouvez déclarer ses biens en déshérence. Et ainsi, la France perd l’immense privilège de pouvoir récupérer un slip mickey de 1970, une vieille Cadillac qui consomme du 38 litres au 100 ou des 78 tours de véritable musique country, avec des voix nasillardes et des thèmes aussi rassembleurs que "Dieu, mon pays, mes vaches, mes bottes".

Mais vous pouvez aussi parler de déshérence lorsque les héritiers ont renoncé de leur plein gré au dit héritage. Par exemple, si votre oncle n’est pas d’Amérique mais de Bolivie ; qu’il s’y est installé en 1945 après avoir visité plein de pays d’Europe entre 1939 et 1944 ; qu’il gardait la nostalgie de ses bottes noires et qu’il marchait en levant la jambe à l’horizontale, alors, on peut comprendre que vous ne soyiez pas intéressé par la propriété des oeuvres complètes de ses auteurs favoris.

Mais ne vous inquiétez pas, de nos jours, ce ne sera pas perdu pour tout le monde. Aujourd’hui, les héritages dont l’odeur de soufre incommode le plus grand nombre, attisent encore les convoitises, surtout lorsqu’il faut renouveler des baux.

Bref, si ça pue, adressez le tout à Monsieur Claude G.; il a l’air d’aimer cela.

Bonjour chez vous.

Exonder (s’) v. pron.

Depuis le big bang initial, n’en déplaise aux créationnistes, il s’est passé pas de mal de choses sur notre planète. Les continents se sont formés et depuis maintenant un sacré bout de temps, la géographie de l’ensemble est plutôt stable.

Cependant, parfois, un morceau de terre émerge et donne naissance à une île, généralement constituée d’un ou plusieurs volcans, puisque "l’émergence" n’est pas à proprement parler un phénomène tranquille. Cependant, s’il faut causer correct, mieux vaut parler de terre "exondée" plutôt que de terre émergente. C’est plus pompeux, cela montre bien au bas peuple que vous maîtrisationnez mieux le français que lui et en plus, ça fait plein de points au scrabble.

Par extension, vous pouvez aussi utiliser le verbre à toutes les sauces, même si Robert (le dico pas le demi-balcon) n’est pas tout à fait d’accord.

Démonstration :

Nicole-Adélaïde et Norbert se sont rencontrés par l’entremise de Patrick et Dominique, les amis-meetic qui ne supportent pas de voir leurs connaissances célibataires ; toujours à organiser des dîners-rencontres où LE célibataire de service doit impérativement décrocher un rendez-vous avec LA célibataire du soir sous peine de :

  • se voir harcelé de questions par Dominique qui veut comprendre pourquoi Adélaïde "ne te plait pas" !
  • se voir inondé de remarques fines et délicates de Patrick, du genre "t’es difficile mon gars", ou "franchement si je n’étais pas avec Dominique…", ou "t’as vu comme elle roulée ?" ou "c’est vrai qu’elle a pas inventé l’eau chaude, mais dans ton cas…"

Sans parler des interrogations concomittantes pouvant s’imposer dans l’esprit des père-mère maquereau/elle :

  • t’es pédé ?
  • t’es sur un autre coup et tu ne veux rien nous dire ?
  • t’es autosexuel ?
  • t’aime pas les brunes/rousses/blondes (rayer les mentions inutiles)

Pour finir en général par des jugements définitifs prononcés à votre endroit auprès de vos mutuelles connaissances :

  • il est bien trop coincé, mais bon, on ne le changera plus,
  • il est bien trop difficile, surtout vu son âge,
  • il ne se remet pas de son divorce, mais bon, vu son âge…
  • il ne fait pas aucun effort, il vieillit !
  • il ne rencontre personne ? Il le mérite !

Pourtant à la base, Patrick et Dominique sont deux personnes charmantes, …. prises séparément.

Par contre la mise en commun de leurs qualités respectives fait apparaître chez les deux des comportements pouvant amener un jour une de leurs connaissances à dynamiter leur salon un soir ou passe la série "Exaspérantes Housewifes", leur passion commune.

Car depuis qu’ils sont ensemble, ils semblent entretenir l’idée que leur bonheur étant trop merveilleux, les autres doivent aussi pouvoir le vivre. Dès lors, ils se sont mis en tête d’apparier chacune avec chacun, dans le seul but de pouvoir inviter des couples là où ils invitaient autrefois des amis.

Et c’est comme cela que Norbert se retrouve en face d’Adélaïde, sous les regards inquisiteurs et les oreilles indiscrètes de deux ex-amis devenus l’équivalent de la STASI est-allemande.

Le sans-gêne et l’indiscrétion n’étaient pas des caractéritiques de Dominique et Patrick avant leur rencontre : c’est le cas maintenant ! Elles se sont exondées.

Vous pouvez également dire qu’un candidat à la présidentielle, qui était plutôt du genre à rester entre le mur et l’affiche, et qui aujourd’hui devient comme Ursula Andress sortant de l’eau dans Dr No (impossible de regarder ailleurs), s’exonde. Il émerge et le Nirvanesque Saumon risque de s’en prendre plein l’ego !

Sur ce, bonjour chez vous.

(et je retourne au boulot qui devient un peu trop envahissant en ce moment ! Vivement la retraite !)

Impedimenta n. m. pl.

Au départ, cela fait un peu médicamenteux comme mot, non ?

- Va donc prendre ton impedimenta du matin ! Tu tousseras moins !

Mais il ne s’agit point de remède.

Ensuite, on peut se dire que cela doit faire référence à un formule latine qui renverrait à la fameuse réponse de Titus Eufalarus lorsqu’il se vit acculé sur le champ de bataille et sommé de se rendre par Kolargolus Oursenplus. Le scond s’avança et lui envoya "impedimenta", et Titus répondit "arma pellicula*". C’est beau, c’est héroïque, c’est grand !…. mais c’est n’importe quoi !

Car il ne s’agit point de texte historique

C’est plus trivial que cela.

Les impedimenta, car il s’agit d’un pluriel, font plutôt référence à tout ce que le monde peut vous mettre dans les pattes pour vous empêcher de faire ce que vous avez envie de faire. Officiellement, les impedimenta constituent une entrave au déplacement ; cependant, par extension, on peut l’employer pour tout ce qui gêne l’activité. Pour être plus clair, on peut utiliser l’argot, mais ce n’est pas toujours du meilleur goût.

Démonstration.

M. Charles A. est du genre distingué et cela se retrouve dans les chansons qu’il écrit. Il a du style et sait marier avec talent texte et musique. Cependant, aujourd’hui, il est contrarié.

Voulant en effet traduire la complexité de la vie, il a décidé de réunir dans un refrain tout ce qui donne du rythme à la vie, tout ce qui la rend plus intéressante. Il a accompagné son texte d’une musique entrainante mais il n’est pas satisfait.

Cela donne :

Lalalalalalala (la protection des droits d’auteur m’empêche de donner tout le texte, je n’ai pas envie de payer une fortune simplement pour avoir le plaisir de vous raconter des bêtises),…

Et il termine par :

"mes amis, mes amours, mes impedimentaaaaaaaa !!!!"

- Diantre ! se dit l’auteur compositeur, "comme cela est contrariant ! cela ne sonne pas !"

Dépité, déprimé et ne voulant pas se couvrir de ridicule, il n’ose pas proposer cette chanson à un quelconque producteur et sombre peu à peu. Et c’est cela qui le  sauve. En effet, en sombrant, il perd du pouvoir d’achat ; il est alors obligé de quitter les beaux quartiers qui l’abritaient et emmenage dans un quartier plus populaire où il est préférable de dire "casse-toi pov’con" que "fichtre, veuillez passer votre chemin, monsieur le paltoquet !" Au début c’est difficile mais il s’adapte et, peu à peu, il tisse des liens avec les autochtones.

Jusqu’au jour où il fait écouter sa chanson à Paulot, le plombier zingueur qui crèche à coté.

- Alors voilà Paulot, cette chanson, c’est l’histoire de ma vie : quand c’est du velours mais aussi quand c’est l’merdier ; quand les belettes font la queue pour rentrer dans ton pieu et quand tu comptes ton flouze pour aller tailler une bavette avec Ginette au coin de la rue, vu que t’as pas fait la vidange depuis six mois.

- Ok, j’vois le topo !

- Bon alors ça fait :

lalalalalalalalalala,…, lalallalallalla (deuxième couplet), ……, mes amis, mes amours, mes impedimentaaaaaa !!!

Et grâce à Paulot, Charles devint riche !

* arma pellicula : poil aux bras
PS : si un pompeux quelconque vous dit "impedimenta au pluriel c’est impedimenti", riez-lui au nez et dites-lui que contrairement aux petits esprits, la langue française se donne le droit de ne pas respecter les règles (cf. syllepse). Et toc !

Xénélasie n. f.

Au début, c’est l’histoire d’un homme qui louche.

- Tiens, pourquoi dit-on d’une personne qu’elle louche ?

- Je ne sais pas. Peut-être en raison du sens habituel : est louche ce qui n’est pas clair ; or si tu es atteint de strabisme…

- Où alors ça vient du grec ?

- Du grec ? Strabôn ?

- Non, ça c’est pour strabisme. Mais, euh…

- Oui ?

- C’est pas un philosophe Strabon ?

- Non, c’est un géographe.

- Un géographe qui louchait ? Ses cartes devaient être intéressantes !

- Il est très connu. Notamment pour ses commentaires de l’oeuvre d’Eratosthène.

- Ah ! Tu m’en diras tant !

- Oui, c’est dingue hein !

Bon je passe sur la discussion qui suivit, je ne voudrais pas vous faire atteindre le niveau 125 sur l’échelle de l’ennui qui en compte 12.

Je voulais seulement revenir sur le commentaire d’Eratosthène, selon Strabon : "tous les barbares pratiquent la xénélasie, c’est-à-dire la proscription de l’étranger". Je ne sais pas s’il disait cela surtout pour les spartiates, ces rigolos en jupette qui aimaient défiler et faire la guerre. J’imagine qu’il ne devait pas vraiment les porter dans son coeur (contrairement à eux, il réfléchissait) puisqu’ils étaient les seuls en Grèce à aimer foutre dehors les étrangers. Cependant, comme nous, fier peuple de France, "le pays des droits de l’homme et du camembert", nous pratiquons la xénélasie quotidiennement (avec une certaine honte cependant puisque le ministère officiel de la xénélasie n’existe plus), il me semble normal de savoir comment les anciens nous auraient qualifiés : des barbares pratiquant la xénélasie.

Et si des bas du front opposent à cette remarque : "Qui c’est ton Erastotem ? Un bougn…", vous pouvez leur rappeler qu’effectivement, étant natif de Cyrène (aujourd’hui en Libye), on peut sans doute le qualifier ainsi (quand on a un vocabulaire d’une centaine de mots) ; vous pouvez également leur rappeler qu’à son époque (3ème siècle avant JC, non ce n’est pas Jacques Chirac), il avait calculé avec précision la circonférence de la Terre et qu’il fut à la tête de la bibliothèque d’Alexandrie, joyau de l’Antiquité. Dans le même temps, les ancètres des grands blonds jouaient encore à "Moi fort, moi chef".

Bref, en accord avec Eratosthène, nous pouvons avancer que la pratique de la xénélasie est indubitablement une caractéristique des peuples barbares.

Et il serait bon que nous puissions à nouveau évoluer, non ?

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